« La prise en charge de la dépendance va susciter une grande réflexion »
Revue télésanté : Quelle est la vocation de la Société Française des Technologies pour l'Autonomie et de Gérontechnologie (SFTAG)?
Pr François Piette : La SFTAG a été créée en 2007 à l'initiative du Pr Alain Franco en autonomisant un groupe de travail au sein de la Société Française de Gériatrie et Gérontologie (SFGG). Nous avons considéré que le monde du handicap adulte et celui de la gériatrie, qui se rejoignent sur la problématique commune de l'autonomie, avaient un intérêt à travailler ensemble sur les sujets qu’ils regroupaient.
La SFTAG est une association de loi 1901 réunissant une centaine de membres avec une représentation nationale et contribue à un collège francophone au sein de l'International Society for Gerontechnology (ISG).
Notre objectif principal est de favoriser l'essor de ce nouveau concept sociétal de « gérontechnologie » en travaillant avec le Centre National de Référence Santé à Domicile et Autonomie (CNRSDA) et avec les centres de recherche et les centres experts de Toulouse, Limoges, Grenoble, Paris et bientôt d’autres.
Il s'agit donc de développer l'utilisation des gérontechnologies dans la mesure ou elles peuvent rendre des services à notre société vieillissante. La démarche vise à lutter contre la dépendance et à aider à la prise en charge de maladies chroniques chez les personnes âgées en favorisant la présence de compétences au plus près du patient. D'une manière générale, pour l'ensemble de la population, l'objectif est de favoriser la poursuite de la vie à domicile.
RTS : Quels sont les objectifs de votre mandat en tant que Président de la SFTAG?
F. P. : En premier lieu, il faut développer la notoriété de la SFTAG en tant que société savante. Cela passe par la participation aux congrès de sociétés savantes proches de la nôtre. Ainsi nous collaborons avec le groupe APPROCHE qui comprend des rééducateurs et des roboticiens, ou encore avec l'IFRATH qui travaille sur le handicap chez l'adulte.
Ensuite, nous souhaitons développer les formations sur les thèmes des gérontechnologies. Première avancée, un DIU de gérontechnologie a démarré en septembre 2010 dans 5 universités (Paris V et VI, Grenoble, Montpellier et Limoges). Nous travaillons également à la structuration du développement des gérontechnologies en Île de France et nous avons répondu à un appel d'offre de la DATAR sur la question des grappes d’entreprises.
RTS : Où en est l'implantation des gérontechnologies en France?
F. P. : Actuellement, les gérontechnologies représentent un marché encore relativement restreint à la téléassistance. L'essor des gérontechnologies est freiné par les critiques fortes sur le caractère stigmatisant des appareils. Avec seulement 40.000 usagers environ en France, on peut dire que nous sommes moins enthousiastes qu’au Royaume-Uni, par exemple, où l'on compte plus de 200.000 usagers.
Mais aujourd'hui, les gérontechnologies sont mûres et d'autres technologies utilisées dans le monde du handicap sont utilisables pour les personnes âgées. Elles incluent la télémédecine qui peut servir à améliorer la communication entre les structures de soins à domicile, les EHPAD, les hôpitaux gériatriques et les grands hôpitaux sites d’accueil d’urgence afin de construire un parcours de soins cohérent.
Enfin il faut souligner que dans un avenir proche, la prise en charge de la dépendance va susciter une grande réflexion de la part du secteur des mutuelles, des assurances et des conseils généraux notamment.
