Mission accomplie pour le lancement, en janvier dernier : les CHU de Besançon et Bordeaux, bientôt rejoints par celui de Strasbourg, étaient prêts à alimenter le Dossier Médical Personnel et, surtout, à identifier difficultés et bonnes pratiques dont les autres établissements pourront tirer les enseignements. « Nous avons décidé de reconduire le groupe de travail en y intégrant les centres hospitaliers », annonce Olivier Pontiès, DSIO de l’AP-HM. « Il a en effet permis de balayer l’ensemble des questions à traiter et des méthodes à dérouler dans les établissements. »
Pour l’étape clé – d’ouverture du service aux assurés – en avril, les hôpitaux pourront aussi se référer à un Guide pratique réalisé par l’Agence des Systèmes d’Information Partagés de Santé (ASIP Santé) avec la contribution des DSI. « Ce guide explique la cinématique de fonctionnement du DMP, de la création (avec les procédures de recueil du consentement) jusqu’aux éléments techniques d’alimentation, en passant par les questions de normalisation et de sécurité, et sans oublier des propositions méthodologiques pour la mise en œuvre », décrit-il.
« L’ASIP a une approche à la fois normative et très pragmatique, apprécie-t-il, en laissant le soin aux hôpitaux de choisir comment inter opérer avec le DMP. »
Il n’en reste pas moins que l’intégration du DMP au sein des logiciels métier, à l’hôpital comme en ville, constitue un axe stratégique majeur pour l’ASIP Santé.
Côté informatique, l’homologation des logiciels capables de gérer l’INS-C (Identifiant National de Santé Calculé) et la validation de la DMP compatibilité représentent donc deux préalables indispensables.
Auxquels il faut ajouter la disponibilité des CPS dans l’établissement. La Journée des industriels, organisée le 8 février dernier par l’ASIP Santé, lui a permis de rappeler que la nouvelle Carte de Professionnel de Santé (version 3), nécessaire pour la consultation du DMP, était désormais mise en production et remplacerait automatiquement toutes les anciennes cartes au moment de leur renouvellement. Par ailleurs, la CPS3 est délivrée à tout professionnel de santé (à Ordre) dès qu’il s’inscrit au Tableau et se retrouve enregistré au RPPS (Répertoire Partagé des Professionnels de Santé).
Côté organisation, « les difficultés sont le plus souvent liées à la création du dossier et au recueil du consentement, observe Olivier Pontiès, c'est-à-dire à des problématiques plutôt humaines que techniques ».
Au CHU de Besançon, par exemple, il a été décidé de l’effectuer en deux temps. Le patient se voit remettre la brochure d’information générale concernant ses droits par le Bureau des entrées. Il choisit ensuite le moment où il ouvrira son DMP, ouverture officialisée par le recueil de son consentement, au sein d’un espace réservé à cet effet.
Les CME des établissements doivent également être impliquées assez tôt car elles définissent le périmètre et les modalités de transmission des documents au DMP.
Dans le cas le plus courant, les comptes-rendus et résultats d’examens sont envoyés vers un concentrateur qui redirige les flux vers le DMP. Les solutions techniques mises en œuvre dans cette configuration doivent d’ailleurs être homologuées par l’ASIP Santé au même titre que les systèmes d’information de dossiers patients.
C’est l’orientation prise par exemple dans la plupart des premières régions mobilisées autour du DMP en raison de leur expérience de déploiement de dossiers régionaux (1).
En Franche-Comté, c’est le GCS Emosist (Ensemble pour la Modernisation des Systèmes d'Informations de Santé et le développement de la Télémédecine), maître d’œuvre du dossier médical partagé régional, qui a développé le concentrateur de documents dès 2009. « Il nous permet de capter les flux et d’exploiter un grand nombre de documents déjà
produits par un système d’information hospitalier sans avoir à modifier les progiciels », souligne Vincent Bonnans, directeur de projet au GCS.
En Picardie, c’est la société Santeos qui a mis au point une offre, MediSuite - Santeos Office, destinée à pallier le déficit d’une bonne part des établissements en dossiers patients informatisés et outils de gestion des comptes-rendus. « Dès 2008, nous avons exprimé le besoin d’un outil bureautique simple permettant de regrouper l’accès aux documents à la fois pour faciliter les échanges avec la médecine de ville et pour participer à l’expérimentation du Dossier Santé Picardie (DSP) », observe Bruno Lavaire, DSI du CH de Beauvais (2). Santeos Office réunit les fonctionnalités de portail d’accès, outil de production de documents, worklist par profil utilisateur, concentrateur de comptes-rendus, outil de visualisation de ces comptes-rendus et annuaire interne. « En passant du DSP au DMP, nous conserverons les mêmes principes, prévoit Bruno Lavaire : recueil du consentement du patient à son admission à l’hôpital, envoi des comptes-rendus en fonction des règles posées en CME. Les filtres d’export sont en effet paramétrables selon la typologie de document, l’émetteur et l’état du document. Il doit notamment tenir compte du fait qu’une consultation d’annonce a été réalisée ou non ».
L’accompagnement du déploiement reposera en tout cas largement sur les maîtrises d’ouvrage régionales, relais privilégiés de l’ASIP Santé pour consolider la phase d’amorçage dans les 5 premières régions de test.
> DMP Compatibilité
L’homologation porte sur des profils de DMP Compatibilité : création et gestion administrative, alimentation, consultation ; en authentification directe ou indirecte. Les vérifications concernent les interactions à l’interface entre le logiciel du professionnel de santé et le système d’information DMP ; elles s’appuient sur l’analyse de l’exécution de cas de tests et portent sur l’engagement du candidat à respecter les exigences du DSFT (Dossier des spécifications fonctionnelles et techniques) non vérifiables par des tests. Mi-février, 5 éditeurs étaient homologués, 3 en cours d’homologation, 32 avaient accès à l’environnement de tests et 149 étaient inscrits à la mailing-list DMP Compatibilité. Par ailleurs, 45 logiciels (de 28 éditeurs) étaient référencés INS-C.
D.L.
Notes de bas de page
(1)Alsace, Aquitaine, Franche-Comté, Picardie et Rhône-Alpes
(2)A l’occasion du colloque TIC Santé 2011, Télécom ParisTech et FormaTIC Santé, le 9 février 2011
