jeudi, 03 novembre 2011 18:23

Interview : Jean-Yves Robin, directeur de l'ASIP Santé

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Jean-Yves Robin, directeur de l'Asip Santé Jean-Yves Robin, directeur de l'Asip Santé

Le directeur de l'ASIP Santé détaille la stratégie et les grands chantiers de l'agence. Au menu, DMP, télémédecine, interopérabilité et sécurité. Revue de détail.

« La vocation de l'ASIP Santé est de renforcer la capacité d'action sur les systèmes d'information en santé »

Revue Télésanté : Pourriez-vous nous présenter l'ASIP Santé en quelques mots ?

Jean-Yves Robin : A l'instar du GIP-DMP dont elle a pris la relève il y a un peu d'un an, l'ASIP Santé est un Groupement d'Intérêt Public (GIP). Sa vocation est de renforcer la capacité d'action des pouvoirs publics sur les systèmes d'information en santé.

Désormais, l'ensemble des acteurs est au sein d'une seule structure référente afin de renforcer rapidement l'organisation des Systèmes d'Information (SI) de santé en France. Par exemple, la mise en place d'un DMP à l'échelon national impose d'agir de manière cohérente sur l'ensemble des aspects des SI de santé : c'est notre vocation.

RTS : Quel est l'état des lieux en matière de e-santé aujourd'hui en France?

J.-Y. R. : Indéniablement, nous assistons à une montée en puissance de la e-santé dans notre pays. Le développement de l'ensemble des activités est en cours et s'accélère. La France a rejoint la dynamique des autres pays développés et même si quelques pays d'Europe du Nord sont en avance, ils ne le sont pas sur tout les points. Dans certains domaines, comme par exemple la facturation dématérialisée en HAD (hospitalisation à domicile) la France est même en avance sur ses voisins.

Par ailleurs, la télésanté est en train de monter en charge. D'ici 5 ans la France sera l'un des 5 pays européens les plus avancés dans ce domaine. Cela parce que la télésanté en général et la télémédecine en particulier sont une partie des réponses aux problématiques économiques et démographiques du pays pour maintenir la qualité des soins et la pérennité du système de santé tout en préservant la liberté d'accès aux soins.

RTS : Que doit-on comprendre par « système d'information partagés »?

J.-Y. R. : Concrètement, aujourd'hui, l'informatique de santé doit être communicante. En fait, le constat est que l'expansion d'internet n'a pas totalement touché le secteur de la santé, et qu'il en résulte des manques en matière d'interopérabilité. Nous devons améliorer cela en effectuant une action structurante pour le secteur de la santé, notamment en produisant des référentiels d'interopérabilité donnant des repères concrets aux différents acteurs.

« Développer la capacité de maîtrise d'ouvrage dans les régions »

RTS : Comment va s'organiser votre action dans le futur?

J.-Y. R. : Avant toute chose, il faut prendre en compte la rapidité de l'évolution des technologies en SI de santé ce qui empêche de se projeter au-delà de 3 à 4 ans.

Dans cet intervalle, on peut distinguer 4 axes prioritaires pour notre action. En premier lieu, les grands projets nationaux, au premier plan desquels ont trouve le DMP. Il sera opérationnel à la fin de l'année 2010. Son déploiement et la croissance des usages par les utilisateurs se feront par la suite.

En second lieu, nous allons développer les infrastructures et éditer les référentiels qui aideront  les acteurs à créer les systèmes de télémédecine. Un de nos plus gros chantiers dans ce domaine est la réalisation d'un annuaire exhaustif des professionnels de santé en France, chose qui n'existe toujours pas à l'heure actuelle.

Troisième chantier, l'accompagnement des projets et des acteurs au niveau régional. Cette démarche se concrétise via l'appel à projet « Emergence » lancé en avril dernier et bouclé en juin dont l'objet est de soutenir la création ou la consolidation, dans chaque région, d’une maîtrise d’ouvrage, désignée par l’Agence Régionale de Santé (ARS), pour porter l’Espace Numérique Régional de Santé (ENRS). Il s'agit là d'une activité de réseau qui s'appuie sur les ARS (Agences Régionales de Santé) en les dotant de financements spécifiques pour renforcer la capacité de maîtrise d'ouvrage dans son ensemble. La première tranche de cet appel à projet a été dotée de 3 millions d'euros.

Enfin, dernier chantier, en interne, il est nécessaire de construire et consolider l'ASIP Santé elle même en l'inscrivant dans une démarche qualité sur le long terme.

RTS : Comment s'articule la collaboration entre l'ASIP Santé et les professionnels sur le terrain?

J.-Y. R. : Notre souhait est de voir la capacité de maîtrise d'ouvrage se développer dans les régions. Pour cela nous nous appuyons sur les ARS ainsi que sur la création de Groupements de coopération sanitaire et Groupements d'intérêt publics afin de piloter les projets.

RTS : En matière de télémédecine, comment appréhendez-vous les disparités régionales en France?

J.-Y. R. : Le constat est qu'il n'existe presque pas de projets nationaux. En revanche il y a de nombreuses expérimentations, souvent à l'échelon local ou régional, ce qui induit hétérogénéité et atomisation des projets. L'ambition de l'ASIP Santé est de dépasser l'échelon local pour monter en charge sur des projets d'envergure.

Mais ce qu'il faut comprendre, c'est que jusqu'ici, le développement de la télémédecine a été bridé car il n'y avait ni cadre, ni financements dédiés. Désormais, ce qui manque, c'est un véritable modèle économique, viable pour le système de santé comme pour les industriels et qui permette d'éviter les dérives. Il faut inventer le mode de financement de la télémédecine afin d'accompagner sa généralisation. C'est une de nos priorités également.



Lu 1459 fois Dernière modification le mercredi, 07 mars 2012 11:09

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