mardi, 22 novembre 2011 10:17

Les enjeux éthiques de la télémédecine en imagerie médicale

Écrit par  Jérôme Béranger et Pierre Le Coz
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Le début du XXIème siècle est le siège de nombreux bouleversements dont le principal est lié à l’explosion des télécommunications, de la numérisation et des systèmes d’information en tout genre qui peuvent être illustrés en santé par le développement de la télémédecine.

Avantage d’une plus grande facilité de communication interpersonnelle pour les uns, plus grande incertitude concernant la sécurité, la confidentialité, l’accessibilité et la protection des données médicales pour les autres. Cette technologie ne laisse personne indifférent.

La télémédecine constitue un formidable instrument d’accès à des expertises ou à des compétences à distance lorsque le patient est dans l’incapacité de se déplacer. Elle donne l’opportunité d’accélérer la vitesse de réactivité et de réponse d’un spécialiste, d’obtenir un avis complémentaire d’un spécialiste (téléconsultation et télé-expertise), d’avoir une couverture 24h/24h via un processus de garde (télédiagnostic) (Chateil et al. 2006), de mettre en place des réunions multidisciplinaires multicentriques (téléconférences), de fluidifier les échanges entre les équipes de recherche (Blumenthal et Glaser 2007) et d’améliorer la Formation Médicale Continue (FMC). Dans cette perspective, la télé-radiologie contribue à une évolution positive de la relation médecin-patient ainsi qu’à sa dimension socio-culturelle (David 1995).

Toutefois, ces progrès considérables pour l’humanité présentent en contrepartie des risques éthiques en mettant en péril certains fondements d’ordre social et moral de la médecine sur :


- la déontologie du médecin et son rôle vis-à-vis de patients mieux informés (Stone 2007) ;

- le secret médical, la protection du dossier numérique du patient et le respect de sa vie privée ;

- le risque d’oublier qu’il existe un humain derrière les chiffres et les pixels ;

- le partage de responsabilité (entre le médecin et un système d’aide ou d’assistance) ;

- l’accès égal pour tous (facteur essentiel d’équité sociale) avec un risque d'aggravation des inégalités dans l'accès aux techniques les plus performantes ;

- la complexité du suivi des dossiers médicaux multimédias, liée au manque de standards, et la lenteur dans l’adoption par les praticiens des technologies disponibles (US National Research Council of the national academies 2009) ;

- l’augmentation de la désertification médicale ;

- la multiplication des examens pour compenser l’absence du radiologue (principe de précaution) ;

- la segmentation en différentes pathologies dus à une sur-spécialisation.

Par ailleurs, on peut constater que la majorité de ces enjeux éthiques peuvent être transposables d’une manière plus générale aux systèmes d’information en santé.

Dans ces conditions, ce dispositif informatique doit être planifié à l'avance, et les outils nécessaires à la sécurité et à la confidentialité doit être sélectionnée. Le système de télé-radiologie doit satisfaire à des exigences éthiques et réglementaires (Ruotsalainen 2010). Désormais, les radiologues sont amenés à apporter la plus grande attention sur l’ergonomie de leur système information et à ses performances en termes de sécurité, d’intégrité et de temps de transmission, sur les respects des règles déontologiques et juridiques ainsi que sur les aspects humains et organisationnels impliqués dans la prise en charge des soins.

Aujourd’hui, personne ne doit ignorer les bouleversements en cours de la relation médecin-patient comme les angoisses suscitées par la télémédecine réveillant nos exigences éthiques. Selon Joseph Mariani, « l’homme peut ainsi s’adresser instantanément, directement et universellement au monde entier et, réciproquement, le monde entier peut s’adresser à lui » (Mariani, Besnier et al. 2009). A notre sens, le plus grand danger consiste en la modification insidieuse de cette relation touchant aux responsabilités de chacun, à la confidentialité, au secret médical, à la déontologie médicale, à la confiance mutuelle et à la sécurité des données médicales à caractère personnel.

Ce changement progressif et irrésistible de la relation médecin-patient pourrait aboutir à une société dont aujourd’hui nous repousserions l’image qu’elle dégagerait.

Lu 909 fois Dernière modification le vendredi, 11 mai 2012 16:31

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